PEUT-ON RÉUSSIR SANS DIPLÔME ? 🎓

Thibault, 28 ans, a arrêté l’école en troisième et s’est lancé sur le marché du travail avec pour seul bagage son brevet des collèges (qu’il précise d’ailleurs avec humour avoir redoublé !). Après quelques années de galère, sans bac ni permis de conduire, il est aujourd’hui Lead Developer chez Merito, une startup qui met en relation les magasins et les candidats qui recherchent un job et propose l’échange d’employés entre les boutiques d’un même groupe.
Thibault lead developer Merito réussir sans diplôme

Je m’ennuyais vraiment. J’avais plutôt des facilités en cours et j’étais un peu clown, j’avais l’impression de perdre mon temps. J’étais passionné par l’informatique et je me disais que je pourrais apprendre à développer, faire des choses plus proches de la réalité et gagner ma vie grâce à ça.

Mais au fait, Thibault, pourquoi tu as arrêté l’école ?

Je m’ennuyais vraiment. J’avais plutôt des facilités en cours et j’étais un peu clown, j’avais l’impression de perdre mon temps. J’étais passionné par l’informatique et je me disais que je pourrais apprendre à développer, faire des choses plus proches de la réalité et gagner ma vie grâce à ça. J’avais du mal à voir le concret dans ce qu’on nous enseignait à l’école, je ne comprenais pas l’intérêt des maths et de l’histoire par rapport à ce que je voulais faire plus tard. Du coup j’ai commencé à travailler, et j’ai enchaîné les jobs peu qualifiés : équipier polyvalent au McDo, caissier, préparateur de commande au Monoprix pour les commandes de courses sur internet, j’ai bossé dans une startup qui faisait de l’immatriculation de véhicules, j’ai fait de la manutention… et même de la poissonnerie !

Qu’est-ce qui t’a remotivé à te former ?

Je me suis dit que si je ne me formais pas, j’allais toujours être au SMIC. Ma motivation était surtout financière au début, j’avais pas mes parents derrière, j’étais sur Nice, sans appart, sans garant. J’ai connu la galère : il pleuvait chez moi, mon voisin était un clochard, un autre était un clandestin sans papiers, dans un autre appart ils étaient 7 dans 18m2, il y avait des cafards... un jour on m’a même coupé l’électricité ! J’ai vite compris qu’avec un SMIC, la vie n’allait pas être très marrante.

J’ai toujours voulu être dans l’informatique mais mon problème c’est que j’avais pas le bac et même pas le permis de conduire donc je n’avais pas accès aux formations que je visais.

Comment tu t’y es pris ?
J’ai toujours voulu être dans l’informatique mais mon problème c’est que j’avais pas le bac et même pas le permis de conduire donc je n’avais pas accès aux formations que je visais. Un jour j’ai eu une galère au taf, ça s’est fini aux Prud’hommes, 2 ans de procédure. J’ai fini par avoir accès au chômage et à la Mission locale. Je trouve un contrat de professionnalisation en poissonnerie pour 2 ans et me voilà parti pour un CAP. Je remporte même deux médailles au concours du meilleur apprenti de France ! Mais déception : à la sortie, on m’annonce que je resterai au SMIC. Comment je peux être diplômé et gagner le même salaire que quand j’étais en formation ? Je décide d’arrêter et la Mission locale, à qui j’avais dit vouloir être développeur, me place dans une formation informatique, mais ça ne me correspondait pas vraiment (je formais des personnes aux bases de l’informatique, loin du développement donc). Puis j’entends parler d’un contrat Avenir en informatique. Il fallait passer un entretien à Marseille mais j’étais prêt à saisir toutes les opportunités. Je suis pris et commence donc à travailler en alternance. Je gérais la maintenance du parc informatique dans des lycées. Je me suis fait chier comme jamais, y avait rien à faire et ça correspondait pas encore une fois à ce que je cherchais ! Je fais des recherches sur internet et je tombe sur Epitech qui ouvre la Web@cademie.‍

Comment tu as su que cette fois c’était la bonne ? 
Je me suis reconnu dans la Web@cadémie, qui s’adresse notamment aux jeunes déscolarisés tôt, comme moi. J’avais tenté 42 mais le côté jeu vidéo (que tu dois faire dans les tests) me dérangeait, je ne me voyais pas dans cette école. En plus tu débarques au milieu de 3000 candidats et il en reste 300 à la fin, et la formation dure 5 ans, donc c’est difficile à gérer financièrement. Et tu apprends tous les langages de programmation alors que moi je savais que le système, ça me plaisait pas, je voulais vraiment faire du web. J’adorais la base de données, le côté interaction avec le monde. Web@cademie c’est en 2 ans, la deuxième année est en alternance. Je kiffais qu’il y ait Epitech derrière, j’avais une image d’innovation, j’avais confiance. J’ai postulé à Lyon mais finalement ils disent qu’ils ne peuvent pas me prendre car je dépends de la Mission locale de PACA et qu’ils n’acceptent que les gens de la région lyonnaise. Ils transfèrent mon mail à la directrice de la Web@cademie, Sophie Vigier a l’époque, qui me contacte en direct et me propose de passer les entretiens sur Paris. Mais je connais personne ! Finalement un pote de Nice parti faire ses études à Paris me loge un mois, le temps de la piscine. Je fais un prêt étudiant, j’ai emprunté 8000€ pour couvrir les 2 ans. J’ai fini dans les majors de promo !

Comment ça s’est passé ?

Super bien ! J’ai fait le Hackathon Bouygues Telecom, on finit troisièmes avec mon équipe, malgré la présence d’étudiants de 5e année d’Epitech. La deuxième année, on en fait un autre pour Louis Vuitton. On est carrément convoqués dans les bureaux parisiens de la marque, où on est reçus par des personnes très haut placées. Ils proposent de nous recruter après notre alternance. Mais moi je voulais développer à terme mon propre produit dans la tech donc j’ai refusé. C’est à ce moment-là que je réalise que je suis en position de force pour négocier. J’avais confiance en mes opportunités, et je commence à comprendre qu’il y a une pénurie de développeurs à Paris, même si à l’école on nous disait de pas nous emballer et qu’il fallait être passionné pour réussir. J’ai voulu rentrer dans une boîte à 38k€ annuels, c’était énorme pour moi qui étais au SMIC ! Et là j’ai commencé à bosser pour des startups : Free (online), Artsper, et enfin Merito.‍

Quelle a été la plus grosse difficulté que tu as rencontrée pour évoluer dans ta vie professionnelle ? A quel genre d’obstacle as-tu dû faire face ?

Clairement le manque de diplômes m’a beaucoup bloqué. Tout niveau est bon à prendre. Rien que le permis de conduire t’ouvre les portes de plein de nouveaux métiers. Mon meilleur ami a passé son bac en candidat libre alors qu’il a arrêté l’école en 5ème. Tous ceux qui s’en sortent autour de moi sont ceux qui ont réussi à rattraper ces diplômes d’une façon ou d’une autre. Ça peut se faire de plein de façons : à l’étranger, via une formation, une alternance… Mais c’est pas forcément évident, moi en CAP j’étais avec des gens de 15 ans et demi alors que j’en avais 21 !

Est-ce que tu t’es senti aidé ? Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Je me suis senti aidé par certaines personnes mais aussi beaucoup délaissé. Pour tous les métiers nécessitant un diplôme, le conseiller te fait comprendre que c’est pas possible et on te le rappelle tout le temps. Dans mon cas, pour être informaticien il fallait être ingénieur, donc il le notait même pas dans mon dossier ! Tu peux compter sur les autres, mais ne compte pas trop sur eux. Saisis les mains tendues, mais n’attends pas. Moi je me suis jamais laissé abattre. Il faut s’accrocher, il y a des moments assez difficiles et c’est là qu’il ne faut pas lâcher car ça finit par payer.

Quel conseil donnerais-tu à une personne sans diplôme aujourd’hui ?

Tout faire pour se qualifier ! Ne jamais abandonner. Et ne pas se dire qu’il est trop tard : je connais des mecs de 30 ans manutentionnaires qui pensent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de le rester toute leur vie. C’est le piège : se dire “je n’y arriverai pas, je suis coincé”. Et c’est le moment où tu te renfermes. C’est comme au foot : tu dois partir avec l’envie de gagner sinon c’est perdu d’avance. Et pense à mettre des thunes de côté !

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