J'AI FAIT HEC ET JE VIS AVEC 20$ PAR JOUR

Après un parcours scolaire qui ferait frétiller de fierté la plupart des mamans - un an d’avance, un bac S avec mention très bien, une prépa, HEC, et des stages en finance - Alex semblait plutôt bien embarqué pour une brillante carrière de banker ou de consultant. Aujourd’hui, loin des tours de La Défense, il se définit pourtant comme un “digital nomad”, et vit entre Paris, Sydney et Bali. Inspiré par The 4-Hour Work Week de Tim Ferriss, il a créé Unlockt, une marque lifestyle comprenant des programmes de développement personnel pour permettre à chacun de créer sa vie de rêve.
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Et quand tu voyages, tu te rends compte que le modèle de succès et de vie qu'on te propose est tout à fait valable en fonction d'où tu viens mais tu vois aussi d'autres façons de vivre et d'autres visions du succès.

Qu’est-ce qui a été déterminant dans ton choix de vie ? 

J’aimais bien ma vie, mais j’ai voulu voyager, voir des choses différentes. J’ai fait mon échange aux Philippines, et j’ai ensuite décidé d’aller en Australie, à Sydney. Plusieurs choses m’ont poussé à postuler chez Rocket Internet en Australie : l’envie de voyager, la curiosité, la qualité de vie, la recherche de performance et d’indépendance. J'aimais l'idée d'être dans un pays où on parle anglais, dans une startup, hors de ma zone de confort. Ça combinait beaucoup de facteurs qui me permettraient d’apprendre. Et quand tu voyages, tu te rends compte que le modèle de succès et de vie qu'on te propose est tout à fait valable en fonction d'où tu viens mais tu vois aussi d'autres façons de vivre et d'autres visions du succès. Je pense que le voyage est super intéressant pour ça.

Comment s’est faite ta transition ?

L'environnement joue un grand rôle dans ce que tu deviens. Là où j'habite, à Bondi, les gens se lèvent à 6h30 du mat', ils font de l'exercice, il y a des gens qui méditent sur des rochers… Ça peut paraître un peu bizarre quand tu es à Paris mais c’est assez commun ici. Bon, mes premiers mois à Sydney, je mangeais quand même au McDo et je faisais des grosses teufs mais au fur et à mesure, ça a changé. Dans ma boîte, il y avait des nutritionnistes et je me suis donc mis à mieux manger, à faire du sport. J'ai commencé à écouter plus de podcasts, dont un d’Oussama de The Family, où il donnait des tips de développement personnel. A l'époque j’avais environ une heure de trajet par jour pour aller au bureau. Alors au lieu d'être juste sur ma moto, j'écoutais des podcasts et des audiobooks. Ça m’a vachement ouvert l’esprit. Tu peux apprendre des meilleurs, c'est comme si Steve Jobs te disait “est-ce que tu as 30 minutes pour que je te file 2-3 tips d’entrepreneuriat ?” Le podcast de Tim Ferriss a été énorme pour moi. Il était très réputé sur la méditation et j’ai donc voulu essayer. J'ai vu que ça me donnait beaucoup plus de liberté dans ma façon d’interpréter les choses, que ça améliorait ma vie. Je sentais quand je bossais que j'avais presque trop d'énergie pour être employé. Je savais que je voulais monter ma boîte, j'ai démissionné, et je me suis demandé dans quoi j’allais me lancer. En écoutant pas mal de podcasts d'entrepreneurs, j'ai découvert que ce qui me passionnait c’était le développement personnel. J'ai donc démarré Unlockt.

Est-ce que tu ressens parfois le regard des autres, l’incompréhension, une forme de jugement ?

À un anniversaire, quand j’expliquais ce que je faisais, un ami de mon père m'a dit : “Ah, mais c'est pas dommage de faire ça quand on a fait HEC ?” Pour moi, il y a deux choses : la première, c’est qu’il est important de se trouver et de voir quelle est notre vie authentique. La deuxième, c'est que cette question vient d'une certaine ignorance du monde dans lequel on vit et du monde vers lequel on se dirige. Qui tu es et la vie que tu mènes sont très influencés par ton environnement et c'est très important d'ouvrir son esprit à différentes possibilités pour pouvoir choisir plus librement. Je te donne un exemple extrême mais que j'ai beaucoup aimé dans le livre Sapiens de Yuval Harari : si j'étais né dans un pays musulman et que mes parents étaient musulmans, je serais sûrement musulman. Si j'étais né dans un champ de coton aux États-Unis au 17e siècle, je trouverais ça sûrement normal d'avoir des esclaves.

Tu as toi-même reçu une éducation assez traditionnelle.

La vision classique du succès après une école de commerce, c’est de devenir senior executive dans une grosse boîte, mais moi j’ai trouvé important de découvrir différents modèles. Un mec que je suis, Jay Shetty, dit “You can’t be what you can't see”. Il a un super podcast, On Purpose, où il raconte que ses parents, comme pas mal de parents de notre génération, voulaient qu'il soit banquier, docteur ou avocat. Un jour il est allé à un talk d'un moine qui a vraiment résonné chez lui et il a changé de vie. Je pense que c'est important de voir différents types de vie pour trouver sa vie authentique. Il y a beaucoup de gens qui vivent une vie que leur environnement a voulue pour eux et ils ne se sont pas posé la question. Ça pouvait peut-être marcher quand on était au Moyen-âge, quand on n’avait pas grand monde pour nous montrer d'autres types de vie. Mais je pense que ce qui va arriver pour beaucoup de gens qui n'ont pas remis en question la vie que d'autres ont voulue pour eux, c'est qu'à un moment, ils vont réaliser qu'ils n'ont pas vraiment choisi la vie qu'ils ont. Et je pense que c'est mieux de faire cette recherche de soi le plus tôt possible parce qu'ensuite on a tellement investi dedans que c'est plus compliqué de s’en détacher. Pour moi c'est plus facile de changer parce que je n'ai pas investi tant que ça dedans donc j’y suis moins attaché. C'est important d'être curieux, les plus grands de l'histoire, Leonardo da Vinci, Benjamin Franklin... étaient connus pour s'intéresser à plein de choses. Et ça l’est d’autant plus maintenant. Ce que je fais, c'est pour moi un bon choix, que je devienne successful ou pas. Quoiqu’il arrive, je préfère faire ce qui me plaît, quelque chose que j'ai l'impression d'avoir choisi, qui est authentique. On verra où ça mène. Je pense que c'est ce que tout le monde devrait faire de manière générale pour avoir une bonne vie. Et puis c'est un peu un pari, une expérimentation.

Comment tu sais que c’est un "bon pari" ? Quelle est ta vision ?

Le monde change vite et beaucoup de gens, notamment la génération de nos parents, donnent des conseils sur ce qu'on devrait faire pour être successful alors qu’ils n’ont pas une idée très claire des changements qui sont en train de se produire dans le monde et vont s'accélérer à l'avenir. Ces gens, avec les meilleures intentions, poussent donc leurs enfants vers un chemin qui va peut-être disparaître. Par exemple, ça ne m'étonnerait pas que des parents aujourd'hui soient très fiers que leur fils soit médecin et détecte des tumeurs sur des radios. Or aujourd'hui déjà certaines machines font ça mieux que les radiologues. Donc imagine dans 10 ans ! Moi, je pense que je fais quelque chose dont on aura besoin à l'avenir : je n’imagine pas les questions de well-being, la recherche de sens, disparaître et même au contraire, je pense qu’elles vont devenir de plus en plus importantes. Beaucoup de nos besoins primaires sont plus facilement comblés et du coup on se tourne vers ça. C'est un peu un luxe, mais que de plus en plus de gens ont. Je comprends tout à fait que tu fasses un boulot pour te nourrir et te loger mais si ça c'est garanti, tu te demandes “What's next?”. Deuxièmement, je pense que c'est très important d'être un lifelong learner, car même si je fais un pari sur ce que je pense être important, le monde va s’accélérer et personne ne sait ce que ça va donner dans 15 ans. Il va falloir pouvoir se recycler assez rapidement. Par exemple, s’intéresser au code, à la data science, à l’intelligence artificielle, à la blockchain est une très bonne idée car ce sont les métiers du futur. Mais même ces métiers là vont peut-être très rapidement devenir obsolètes et donc il faut aussi s'habituer à être plus flexible et à continuer à apprendre. J’ai lu pas mal de livres, écouté des podcasts donc même si je me suis complètement trompé et que demain des machines t'aident à méditer et à trouver du sens, je me suis quand même formé à apprendre des choses nouvelles assez rapidement, donc je pourrai me reconvertir assez facilement.

N'a t-il pas une frimousse de premier de la classe ?

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Apprendre en continu, ce n’est pas un concept spécialement nouveau, mais ce qui était avant un atout est devenu une nécessité.

Tu parlais du jugement que tu pouvais ressentir de la part d'autres personnes vis-à-vis de tes choix. Comment tu vis tout ça, ça comment tu le gères ?

J'ai ma certitude mais j'ai aussi un bon environnement. Les gens avec qui tu es, ceux que tu écoutes... C'est très important car tu peux passer par des phases de doute. Moi je me brainwashe complètement ! Plusieurs heures par jour j'écoute des podcasts de gens que je respecte beaucoup. Les gens avec qui je traîne sont des gens positifs, qui s'y connaissent quand ils donnent des conseils. Je ne regarde pas les infos. J'ai pris un peu de distance, c'est vrai, avec les gens qui sont moins positifs. Tu “attract your tribe”. De toute façon on est brainwashed quoi qu'il arrive donc autant que ce soit par les gens positifs et que j'ai choisis plutôt que les pubs ou les infos. Il faut aussi évaluer la qualité et l'intention des gens qui vont te donner des conseils. Parfois tu peux avoir des amis qui vont te critiquer mais en réalité sont peut-être inconsciemment jaloux. Tu peux les mettre face à leurs propres limites. Quand tu connais bien quelqu'un qui réussit particulièrement, ça peut être difficile en terme d’ego. Et même si les gens sont pleins de bonnes intentions, c'est important de savoir de qui on prend les conseils. Si quelqu'un dans ma famille me donne son opinion, je vais l’écouter mais je sais que c'est pas forcément valable. Parfois les gens veulent te protéger parce qu'ils ont peur que tu sois déçu si ça ne marche pas. Mais la personne n'est juste pas qualifiée pour te conseiller. Donc moi je fais attention ! Parfois même des gens super inspirants donnent des conseils sur des choses pour lesquelles ils ne sont pas qualifiés.

Même si ton parcours est un peu différent de ce qu’on peut imaginer de l’alumni typique d’HEC, qu’est-ce que tu penses que tes études t’ont apporté ?

Je pense que ça donne une très bonne base : le côté compétitif de la prépa, le fait d'avoir beaucoup étudié... Mais beaucoup de gens ont ce schéma, qui marchait peut-être il y a quelques années, où on te dit que que tu as ce diplôme pour la vie, que ça va te permettre d'avoir telle ou telle carrière. Pour moi, c'est vraiment une étape sur un chemin où je continue à apprendre pendant toute ma vie. Apprendre en continu, ce n’est pas un concept spécialement nouveau, mais ce qui était avant un atout est devenu une nécessité. J’ai acquis des vraies skills que j’utilise au quotidien - quand je prépare un programme de méditation, j’exerce mon esprit analytique qui me permet de l’organiser comme une dissertation, mes compétences en présentation (et en PowerPoint !) pour le vendre et en faire un webinar à base de slides... Mais ce qui est important avec les talents c’est de les faire mûrir et les développer. Pas mal de gens pensent que c'est une fin en soi mais pour moi ça fait juste partie du parcours, et je continue à construire dessus.

Quel conseil tu donnerais à des étudiants, des jeunes diplômés ou n’importe quelle personne qui a envie de progresser dans sa vie ?

Ouvrir son esprit ! Ça peut se faire de plein de façons différentes. Voyager, écouter des audiobooks ou des podcasts... mais faire des choses un peu différentes pour voir ce qui plaît vraiment, sortir de sa bulle. Ça n'a jamais été aussi facile : aujourd'hui même si tu n'as pas les moyens de voyager, il y a des podcasts gratuits partout sur internet. Je travaille d'ailleurs sur un projet de livre qui réunit les paroles des gens que j'ai interviewés. Dans mon podcast, j’échange avec des gens qui vivent de façon un peu différente, hors des sentiers battus. Je pense que ça peut donner un peu d'inspiration. L'idée c'est qu'il n'y a pas qu'une bonne réponse - j'ai des amis mariés, consultants c'est très bien ! Mais c'est bien de se poser la question et d'avoir vu des choses différentes avant.

Quelles autres ressources recommanderais-tu pour appliquer ce conseil ?

J'aime beaucoup 21 Lessons For The 21st Century de Yuval Harari pour comprendre ce qui est important aujourd'hui et le discours de Steve Jobs à Stanford. Il dit “You can't connect the dots forwards, you can connect them backwards” et “Trust your intuition”. Il faut voir la vie comme une aventure, essayer des choses différentes et comprendre que c'est ça qui crée ensuite l'histoire et qu'on ne peut pas la deviner à l’avance. Moi dans ce que je fais, je ne sais pas ce que ça va donner mais je sais que je plante des graines. Quand je fais mes podcasts, je discute avec des gens de mon âge dont je sais que beaucoup d'entre eux vont faire des choses trop stylées. Je fais d'une pierre plein de coups ! Steve Jobs parle aussi de l'importance de vivre une vie authentique : “Don’t live someone else’s life”. De mon côté j’ai aussi fait un programme de 20 jours qui s’appelle Passion & Purpose et regroupe des ressources de Steve Jobs, Jay Shetty mais aussi GaryVee, qui parle très bien de comment ce nouveau monde marche. Allez voir !


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