J’AI ABANDONNÉ MON ÉCOLE DE COMMERCE ET JE DIRIGE AUJOURD'HUI MA PROPRE ÉCOLE DE BUSINESS DEVELOPERS

Bonne élève au collège et lycée, Marie a pourtant abandonné son école commerce au bout de la deuxième année. Lancée sur le marché du travail sans diplôme, elle monte aujourd’hui sa propre école de Business Developers, IconoClass. Elle nous raconte les méandres de son orientation et comment cela a influencé sa vision de l'éducation.
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A cause des clichés véhiculés dans mon lycée, je croyais que seuls la prépa, Dauphine ou médecine menaient à la réussite.

Raconte-nous ton parcours.

Ma passion, c’était l’équitation. Je montais beaucoup entre 3 et 18 ans, tous les jours, je ratais même les cours au lycée pour ça. Mais j’étais aussi très bonne élève. En terminale, j’ai donc hésité entre me lancer dans une carrière sportive ou poursuivre mes études. Mes parents sont médecins, et moi je passais pour le vilain petit canard qui ne voulait pas aller en prépa. En même temps, j’étais aussi attirée par l’argent, la réussite, et à cause des clichés véhiculés dans mon lycée en province, je croyais que seuls la prépa, un établissement comme Dauphine ou des études de médecine menaient à ce genre de vie. Mais je ne voulais pas postuler en prépa car je ne me voyais pas tenir le rythme. J’ai fait un deal avec mes parents : si j’avais mention très bien au bac, j’étais libre de prendre une année sabbatique pour me consacrer à l’équitation. Mais j’ai obtenu la mention bien… J’ai donc poursuivi mes études à Paris et dû abandonner complètement l’équitation. 

Pourquoi as-tu choisi une école de commerce ?

J’avais passé les concours tard dans l’année, ce qui restreignait considérablement mes choix. J’avais aussi une grosse envie de voyager et les écoles de commerce mettent beaucoup cette opportunité en avant. L’école que j’ai choisie était venue se présenter lors d’un forum dans mon lycée. De grands entrepreneurs en sont diplômés, comme Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Vente-Privée, ce qui m’a confortée dans mon choix. J’ai donc intégré une école à Paris en septembre, et venant de Normandie, ça a été un gros choc !

Comment as-tu vécu ton arrivée en école de commerce et pourquoi as-tu arrêté ?

J’ai été très déçue : j’avais l’impression de ne faire que des révisions de terminale, il n’y avait que 20 heures de cours par semaine, le niveau global n’était pas terrible. Je l’ai vécue comme un nivellement par le bas : tout ce qui semblait intéresser les élèves, c’était de faire la fête. Les profs paraissaient un peu blasés. Je ne me reconnaissais pas du tout là dedans. Au bout de la deuxième année, j’ai réalisé que je ne savais toujours rien faire, à part des matrices de Porter et des pseudo-études de marché. Mais ça ne correspond pas à la réalité de ce qu’on fait en entreprise ! Je n’apprenais pas un métier, je n’avais pas de connaissances opérationnelles. J’ai aussi noté une chose très curieuse en école de commerce : on te vend des métiers qui ne sont pas en pénurie, comme celui de consultant, alors que de nombreux nouveaux business restent inexplorés : le growth hacking, le business development, le social media, le product management… On te parle de concepts un peu flous comme le management (tu crois vraiment que tu vas manager à la sortie de ton école ?), et on te fait croire que de nombreuses opportunités t’attendent à la sortie. Mais en réalité, il faut réussir à se démarquer. J’ai aussi été frustrée de ne pas avoir pu développer mes compétences émotionnelles : bien parler en public, savoir se présenter, connaître ses forces, maîtriser son stress. On est mal préparé à notre orientation après l’école. D’ailleurs les étudiants envoient tous le même CV et la même lettre de motivation bateau ! Ces écoles semblent déconnectées du monde du travail. J’ai arrêté en fin de deuxième année : je suis partie en Erasumus pendant 6 mois aux US et en rentrant en France je n’ai jamais souhaité reprendre l’école. J’ai envoyé un mail pour les prévenir, ils ne m’ont jamais répondu !

Quel genre d’élève étais-tu ?

J’étais très scolaire pour faire plaisir à mes parents, toujours dans le top de classe. J’étais une nana qui prenait des notes, et j’étais en même temps plutôt dissipée. Mais je faisais toujours en sorte que les profs m’aiment bien.

Je me suis rendue compte qu’il fallait se démarquer par sa personnalité, son unicité, plus que par son diplôme.

Est-ce que le fait de ne pas avoir de diplôme t’a causé des difficultés pour trouver un job ? Qu’en ont pensé ta famille, tes professeurs ?

J’ai annoncé à mes parents que je faisais une césure, à l’issue de laquelle je leur promettais de reprendre les cours. Je suis partie en stage dans un cabinet de chasse de tête et on a fini par me proposer un CDI. J’ai ainsi prouvé à mes parents que je pouvais m’en sortir sans diplôme ! J’ai d’ailleurs réalisé pendant ce stage qu’on manquait de sales, et c’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de créer IconoClass. Ma boss était surdiplômée (HEC, SupAéro…) mais c’est elle qui m’a fait confiance ! Elle m’a encouragée à cultiver ma différence. Dans mon cabinet de chasse de tête, j’ai croisé plein de profils pas ou peu diplômés incroyables. Ça m’a beaucoup inspirée. Je me suis rendue compte qu’il fallait se démarquer par sa personnalité, son unicité, plus que par son diplôme. Evidemment c’est un petit peu plus difficile au début, mais ça vaut le coup !

Quel a été l’impact de cet épisode sur ta vision en tant que directrice d’école ?

C’est toujours plus facile de critiquer un système une fois qu’on en est sorti. Heureusement que ces écoles existent, ce sont elles qui m’ont faite ! Et pour certaines personnes ce système fonctionne très bien. J’ai essayé de changer tout ce qui m’a déplu : ne pas être formée à un métier, ne pas avoir de compétences opérationnelles et personnelles. Et on a gardé les bases qui fonctionnaient bien : évoluer au sein d’une bande de personnes qui ont envie de faire la même chose que toi, avoir un esprit commun, fournir un environnement fédérateur où tu te fais des amis. Inévitablement ça génère une forme de consanguinité, qu’on essaie de détruire en faisant venir des profils divers. 

Tu penses quoi du système éducatif aujourd’hui ?

Je ne crois pas qu’on ne va aller qu’une fois à l’école dans sa vie. Le monde bouge trop vite ! On est obligés de continuer à se former. Avec toutes les nouvelles technologies qui émergent, à 30 ans tu es déjà à la ramasse sur les gens qui en ont 18 ! Je pense même que le Master va disparaître. L’enseignement va se tourner davantage vers l’humain : on parle plus d’intelligence émotionnelle, on cherche des compétences plus spécifiques. Je crois aussi aux études courtes car il est désormais très facile de trouver l’information grâce à Google and co. Ça n’a plus de sens de passer des heures sur des bancs de cours alors qu’on peut se former où on veut quand on veut !

Ton conseil pour des étudiants qui se sentent perdus ?

Tous les weekends, va découvrir un métier différent. Va voir ce qui se passe sur le terrain. Il ne faut pas avoir peur de demander, même si tu crois qu’on va te dire non, il faut oser. On est toujours à 2 ou 3 degrés de la personne à qui on souhaite parler. Même si tu as un petit réseau, il faut l’utiliser. Même si ta mère est femme de ménage, elle est femme de ménage chez quelqu’un, qui connait quelqu’un ! Demande, va voir ce qu’il se passe dans la vraie vie.

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